Archive | février 2015

Article rencontre Lycée Polyvalent Louise Weiss

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http://www.lyc-weiss-ste-marie-mines.ac-strasbourg.fr/spip.php?article392&id_document=1623#documents_portfolio

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Après les rencontres avec les lycéens du Haut-Rhin

J’ai vu beaucoup de jeunes yeux, à travers 6 rencontres, sur 2 jours. Près de 400 élèves venant d’une vingtaine de Lycée Pro’. Des yeux difficiles à interpréter. Des yeux intimidés par ma timidité. J’ai dis des choses, parfois trop. Mes paroles s’égaraient, mon corps oubliait de respirer. Tendu comme un arc, je lançais des flèches dans tous les sens, souvent à coté de la plaque. Mais parfois je visais juste. Parfois je voyais des réactions dans leurs regards, ils m’offraient des sourires, des rires même. Je ne sais pas comment ils se souviendront de moi, en tout cas ils avaient l’air de m’écouter, ce qui, parait-il, n’est pas toujours si simple lors de la venue des auteurs dans les lycées. Je pense à cette expression « Mettre sa peau sur la table ». Oui, j’ai l’impression que c’est ce que j’ai fait. Peut-être que j’en ai trop fait, je ne peux pas savoir. En tous cas il y a quelque chose qui m’a échappé, que je ne contrôlais pas, et je crois que c’est bien. Maintenant je suis revenu chez moi, avec une belle gueule de bois. Il me faut un temps pour décuver, me réapproprier  ma peau. Je repense à leurs questions, très souvent pertinentes, lucides, drôles, parfois incisives :

« Est-ce que vous n’avez pas honte de déballer votre histoire ? »  « Pourquoi avoir écrit ce livre ? », « Est-ce que votre père aurais aimé le livre si il était encore là ?» « Pourquoi pour vous, une mère se porte dans le cœur et un père dans les trippes ? », « Est-ce que vous voyez encore Loula ? »,  « Est-ce que votre mère et vos sœurs n’ont pas été gênés que vous parliez d’elles ? », « Comment vous sentiez-vous lorsque vous avez écrit ce livre ? ». « Est-ce que vous allez mieux depuis la sortie du livre ? », « Est-ce que vous avez déjà pensé au suicide ? », « Est-ce que vous voulez toujours être vagabond ? », « Est-ce que vous fumez des pétards ? », « Est-ce que vous buvez de l’alcool ? », « Est-ce que vous en voulez à votre père ? »…

J’ai répondu, tant bien que mal. Avec quelques directives que je me donnais, « sois le plus honnête possible », « relève la tête, même si tu as peur », « Regarde les dans les yeux », « Accueille les silences, ils sont nécessaires ».

Ça a été intense, mais je ne regrette pas d’être venu. Je remercie tous ces gens qui se sont engagés pour que ces rencontres existent. Et merci à tous les élèves.

John Fante, tu nous as donné un conseil à nous les jeunes écrivains. Tu nous a dit qu’il ne faut « jamais éviter une expérience nouvelle. » Tu nous a dit de « vivre la vie dans toute sa crudité, la prendre bravement à bras-le corps, l’attaquer à poings nus ».

J’espère avoir suivi ton conseil John.

Je finirais sur ces photos, une belle statue faite de bric et de broc, sûrement en hommage au passé industriel de la ville de Mulhouse. Cette statue qui cherchait une percée à travers le ciel qui est resté lourd et bas pendant tout le séjour. Les montagnes des Vosges ont été plus pudiques que moi, je n’en ai pas vu un seul sommet, sauf dans l’avion, mais c’est de la triche.

Statue statue 3 Vosges